


Titrisation en bref
Pour expliquer simplement un concept complexe, rien ne vaut un exemple :
Une banque a accordé beaucoup de crédits et souhaiterait retrouver des liquidés pour accorder de nouveaux crédits. Elle peut emprunter plus, si elle y arrive, mais les nouveaux crédits accordés vont s’additionner aux précédents et faire monter son niveau de risques (contrôlé par les autorités).
Prudente, notre banque a décidé de recourir à la titrisation.
Elle commence par créer une un SPV* (une société) *SPV = Special Purpose Vehicle
Elle vend à ce SPV des créances (crédits) qu’elle a accordés à ses clients.
Pour pouvoir payer la banque, le SPV invite des investisseurs à souscrire à son capital.
Les investisseurs souscrivent aux actions du SPV (société).
Avec l’argent des investisseurs le SPV paie à la banque les créances (crédits) achetés.
Avantage pour les investisseurs : le rendement des crédits est meilleur que le taux du dépôt
Avantage pour la banque : elle a reçu les liquidités recherchées pour accorder de nouveaux prêts. En prime, elle a pris une commission sur la vente des actions du SPV, elle reçoit une commission de gestion du SPV car c’est elle qui continue à gérer, pour le compte du SPV, les crédits vendus. Tous ces revenus nouveaux supplémentaires sont des revenus "sans risque".
Contexte
Le Luxembourg a été très tardif à introduire la titrisation sur la place financière. Il l’a fait dans la Loi du 22/03/2004.
Les USA pratiquent la titrisation (Securitization) depuis les années 1960 et la France l’a introduit dans sa législation en 1988.
Si le Luxembourg a été tardif, le législateur a créé, sur base des expériences étrangères, une législation particulièrement bien pensée et surtout bien adaptée aux besoins de la Place.
Notons pour l’anecdote que la technique de la titrisation est largement en cause dans les produits toxiques élaborés par les banques US sur base de crédit dits « subprimes » (crédits immobiliers de basse qualité). On peut dire que la technique n’est pas en cause, c’est l’usage que des financiers peu scrupuleux en ont fait qui a rendu ces produits toxiques.
Petit glossaire de la titrisation
La titrisation, bien que décrite très simplement ci-dessus, est une opération complexe. Elle fait appel à un vocabulaire spécifique qu’il est heureux de connaître au préalable pour bien comprendre les subtilités de cette technique.
Description schématique d’une opération de titrisation
shéma
Actifs sujets à titrisation
Parmi les actifs titrisables les plus courants, citons :
Valeurs mobilières émises par le véhicule de titrisation
Les SPV peuvent émettre des valeurs mobilières de différents types :
La titrisation au Luxembourg (loi du 22 mars 2004)
a) Définition et commentaire
« La titrisation est l’opération par laquelle un organisme de titrisation, sous la forme d’une société ou d’un fonds (géré par une société de gestion) acquiert ou assume, directement ou par l’intermédiaire d’un autre organisme, les risques liés à des créances, à d’autres biens, ou à des engagements assumés par des tiers ou inhérents à tout ou partie des activités réalisées par des tiers en émettant des valeurs mobilières dont la valeur ou le rendement dépendent de ces risques ».
Comme annoncé, la loi luxembourgeoise du 22/03/2004, se basant sur l’expérience étrangère, a ouvert un vaste champ quant aux actifs titrisables : biens meubles, immeubles, corporels, incorporels ou simplement liés ou inhérents à l’engagement d’un tiers. La loi ne contient aucune restriction sur la nature des droits, risques ou biens titrisables. La loi permet même la titrisation d’activités pour autant qu’elles aient une valeur intrinsèque certaine et raisonnable ou qu’elles génèrent des revenus futurs.
b) Véhicule de titrisation
La loi prévoit deux types de véhicules pour réaliser une titrisation :
Chacun de ces deux véhicules peut être créé unique ou à compartiments. Les risques sont individualisés par compartiment et une liquidation d’un compartiment est également possible sans impact aucun sur les autres compartiments.
Selon sa forme, ses besoins et l’organisation de son passif chaque SPV peut émettre des valeurs mobilières, tel qu’énoncé ci-avant, qui peuvent être nominatives ou au porteur et sont librement négociables et cessibles. Ces titres peuvent être cotés moyennant agrément de la CSSF.
c) Autorisation d’établissement
La constitution d’un véhicule de titrisation n’est soumise à un agrément de la CSSF que si ce véhicule va émettre « en continu » des valeurs mobilières à destination du grand public. Il s’agit de veiller à la protection des épargnants.
d) Fiscalité liée aux opérations de titrisation
La fiscalité diffère selon la forme donnée au véhicule de titrisation
La société de titrisation ne bénéficie pas du régime SOPARFI (art 166 LIR) et elle est exonérée de TVA.
e) Ratio d’endettement
Les véhicules de titrisation n’ont aucune contrainte sur le ratio d’endettement ce qui leur permet de se financer sans devoir mobiliser un capital trop important.